• Nicolas Coursault

L’ÉQUIPE, genèse du journal sportif le plus populaire de France




Qui n’a pas lu les titres du journal l’Équipe au moins une fois dans sa vie ? « Pour l’éternité » du 13 juillet 1998 est devenu un collector que certains conservent religieusement.


Mais d’où vient cette « équipe » ? Les pages Wikipedia nous renseignent rapidement sur sa naissance au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un 28 février 1946, par la volonté de son fondateur Jacques Goddet, journaliste sportif. Directeur du Tour de France cycliste et du quotidien l’Auto jusqu’à son interdiction de parution sous l’occupation, Jacques Goddet se démène pour relancer son journal et en changer le nom.


C’est Jacques May, l’un de ses proches collaborateurs, qui suggère l’Équipe. Il s’est souvenu avoir reçu la gazette d’un camp de prisonniers, le Stalag XVIIA de Kaisersteinbruck en Autriche, envoyé par les soins de son rédacteur en chef Jean Diwo. Et ce journal s’appelle « l’Équipe ». Bien sûr, la guerre est finie et ce bimensuel éphémère n’existe plus.


L’origine du nom remonte donc au fin fond de l’Autriche, à la frontière hongroise, derrière une haie de barbelés et miradors où s’agglutinent près de 70000 prisonniers de guerre français et belges pour l’essentiel. Nous sommes en 1941 et le moral est au plus bas.

Jean Diwo a été mobilisé en 39, puis capturé dans la déroute de juin 1940. Quelle motivation trouve-t-on à porter un uniforme et un fusil quand on est pigiste à Paris-Soir et qu’on a étudié les lettres modernes à la Sorbonne ? Redonner du sens à cette vie volée, telle est sans doute sa préoccupation. Il s’entoure de quelques volontaires, le journaliste Lucien Arnaud, Henri Lormeau, Tarin, Vanosselaere, pour créer un bimensuel : « L’ÉQUIPE ».


JournalL'équipe1
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Le numéro 1 est imprimé en septembre 1941. Rapidement, les articles gagnent en qualité, abordant tous les sujets du quotidien. L'ensemble de ces numéros sont aujourd’hui un témoignage précieux de la vie des prisonniers, les KG pour Kriegsgefangener, l’initiative se développant dans d’autres stalags.


Le roman historique Solstice 40 raconte dans quel contexte s'est formée cette équipe.









Portrait de Jean Diwo

(1914 - 2011)







Je laisse les dernières lignes de cet article à Jean Diwo, premier fondateur du journal l’Équipe :


« Un nouveau journal. Le journal du Camp. Notre journal.

Son titre : « L’ÉQUIPE ». Nous l’avons choisi parce qu’il représente à nos yeux, l’esprit dans lequel nous désirons voir vivre notre journal. Jadis, l’Équipe, c’était le « huit » où chaque rameur, dans un geste athlétique, donnait le meilleur de lui-même pour conduire le bateau jusqu’au but.

L’Équipe, c’était la réunion de jeunes peintres, de jeunes auteurs, de jeunes poètes qui cherchaient en commun à se réaliser en tant qu’artistes.

L’Équipe, c’est maintenant les quelques camarades qui essaient de mettre sur pied votre journal.

L’Équipe, c’est le petit groupe isolé dans un Kommando et dont tous les membres mènent la même existence, sont unis par la vie communautaire et l’amitié et ont les mêmes soucis, les mêmes espérances.

L’Équipe enfin, ce sera l’ensemble de tous les prisonniers de langue française de notre Stalag.

De tout groupement humain, même s’il est imposé par les circonstances, il se dégage nécessairement une manière commune de penser, de juger, de comprendre les faits et les choses. Cet état d’esprit général, ce sera le rôle de notre journal de le dégager en réalisant la synthèse de toutes les idées personnelles, de toutes les expériences individuelles.

Pour cela, nous avons besoin du concours de chacun. Dans une équipe sportive, la carence d’un seul membre suffit à rompre son harmonie et entraîne la défaite. Si vous voulez que la nôtre remplisse sa mission, il faut l’aider. Vous pouvez tous l’aider dans la mesure de vos moyens. Mettez-vous en rapport avec nous, envoyez-nous vos articles, vos idées, vos critiques, vos suggestions.

La simple lecture du premier numéro vous montrera dans quel sens vous pouvez collaborer à sa rédaction. Que vos « papiers » soient littéraires, sportifs, humoristiques, ils seront les bienvenus. Inutile n’est-ce pas de vous demander qu’ils traduisent ces qualités si chères à notre peuple : le bon sens, le goût et, car notre but est avant tout de distraire, la gaîté.

Les prochains numéros seront donc, plus que celui-ci, votre porte-parole. Et qu’avec le dernier, que nous souhaitons prochain, nous emportions tous dans la vraie vie, le reflet de ce que nous regretterons toujours : notre fraternelle amitié. » Jean Diwo, journal l’Équipe, N°1 septembre 1941.


L’Équipe s’est constitué pour faire face à l’adversité, quand l’espoir semblait disparu. Ne jamais renoncer et se battre pour la liberté et la victoire !